Faut-il transférer son assurance-vie vers un plan d’épargne-retraite ?

L’épargnant est fiscalement incité à retirer ses fonds pour les placer dans le nouveau plan d’épargne-retraite (PER). Mais cette bascule n’est pas toujours intéressante…

Pour faciliter le démarrage du nouveau plan d’épargne-retraite (PER), les pouvoirs publics ont imaginé un dispositif visant à inciter les détenteurs d’une assurance-vie à transférer leurs fonds vers un PER. S’ils réalisent cette opération, ils peuvent en effet bénéficier d’un doublement des abattements fiscaux liés aux retraits sur les assurances-vie, tout en profitant de la déduction fiscale proposée à l’entrée du PER.

Sur le papier, c’est tout bénéfice : les gains accumulés dans l’assurance-vie échappent pour tout ou partie à l’impôt sur le revenu (mais pas aux prélèvements sociaux), et grâce au PER, l’épargnant économise d’autant plus d’impôt qu’il est fortement taxé. Sans un centime d’argent frais.

Pour bénéficier de ce dispositif, le contrat d’assurance-vie doit avoir été ouvert depuis huit ans au moins, échéance à partir de laquelle le souscripteur profite d’un abattement annuel de 4 600 euros sur les gains retirés – le double pour un couple marié. Si ces retraits viennent alimenter un PER, il est donc possible de profiter d’un abattement de 9 200 euros pour une personne seule, 18 400 pour un couple marié. Ce jeu à deux bandes ne peut toutefois avoir lieu qu’une fois, et au plus tard en 2023.

Disponibilité des sommes

Est-ce intéressant ? Il faut savoir que ces deux produits n’offrent pas du tout la même disponibilité des sommes investies. Elles peuvent être retirées à tout moment dans l’assurance-vie mais pas dans un PER, où l’argent est bloqué jusqu’à la retraite, sauf pour l’acquisition d’une résidence principale et des accidents graves de la vie. Seules les personnes avec un solide patrimoine par ailleurs, ou proches de la retraite, peuvent donc avoir intérêt à basculer sans craindre ce blocage.

A prendre en compte aussi : la question successorale. Si les sommes placées dans l’assurance-vie bénéficient de larges abattements fiscaux, 152 500 euros par bénéficiaire pour les sommes investies avant 70 ans, le cadre du PER est moins attractif.

Les abattements sont ici basés sur la date du décès. Lors d’une disparition après 70 ans, par exemple, un abattement de 30 500 euros seulement sera accordé aux bénéficiaires désignés, à partager… Les personnes souhaitant préparer leurs vieux jours en gardant la possibilité de transmettre les sommes non consommées dans les meilleures conditions fiscales n’ont donc pas intérêt à opérer la bascule.

Et gare à un gros « détail » : « Les sommes issues de l’assurance-vie et investies dans le PER sont prises en compte dans le plafond de déduction annuel de l’épargne-retraite, limité à 10 % des revenus bruts de l’année précédente », indique Valérie Bentz, responsable patrimoniale à l’Union financière de France. Avant de retirer d’importants montants de vos vieux contrats, assurez-vous qu’ils pourront bien être déduits lors du versement sur le PER.

Eric Leroux

Publié par le Monde, le 03 décembre 2020

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